Bus Ticket : Guide Prix et Réservation 2026

En 1958, jeune femme tout juste entrée dans la vie active, je prenais pour la première fois le car pour me rendre de Sarrians à Marseille, et ce voyage, qui me paraissait alors une grande aventure, m’a laissé un souvenir si vif que je le revois aujourd’hui dans ses moindres détails. Le car, à l’époque, c’était le moyen de transport du peuple, celui des familles modestes, des étudiants, des ouvriers qui n’avaient pas d’automobile. Et je voudrais, en repensant à ces décennies de voyages, raconter comment le car a changé, et comment, malgré tout, il est resté fidèle à lui-même.

Les cars Phocéens et les coches d’antan

Dans ma jeunesse, les liaisons régionales étaient assurées par des compagnies aux noms évocateurs, les fameux cars Phocéens qui desservaient toute la Provence depuis Marseille. Les routes étaient mauvaises, les virages nombreux, et plus d’un voyageur arrivait à destination le teint verdâtre. Mais c’était un monde de proximité ; le chauffeur connaissait chacun, s’arrêtait parfois entre deux villages pour prendre une vieille dame qui faisait signe au bord de la route, transportait un colis pour le pharmacien du bourg voisin. Le car était un service public au sens le plus chaleureux du terme.

Le prix du billet représentait une part bien plus lourde du budget familial qu’aujourd’hui. Aujourd’hui l’on traverse la France pour quelques dizaines d’euros, parfois moins. Cette démocratisation, je la salue, car elle a rendu le voyage accessible à des gens qui en étaient privés.

D’où vient le mot autocar

Le mot lui-même mérite qu’on s’y attarde. Autocar est un de ces mots composés qui mêlent les racines. La première partie, auto, vient du grec autos, qui signifie soi-même, et que l’on retrouve dans automobile, autonomie, autographe. La seconde, car, vient du latin carrus, qui désignait un chariot, un char gaulois à quatre roues que les Romains avaient adopté. Ainsi, dans ce mot banal d’autocar dort un mariage du grec et du latin, du chariot antique et de la machine qui se meut elle-même. J’ai toujours aimé ces mots-feuilletés, où l’on sent affleurer les couches du temps.

Les paysages et les bêtes par la vitre

Ce que j’ai toujours préféré dans le voyage en car, c’est la fenêtre. De ma place, le front presque collé à la vitre, j’ai vu défiler toute la France et ses saisons. Les vols de grues cendrées qui traversaient le ciel d’automne en longues lignes onduleuses, criant leur appel mélancolique au-dessus des autoroutes. Un matin de mars, en remontant vers le Nord, j’ai aperçu un renard qui longeait la lisière d’un bois, sa fourrure rousse éclatante sur le vert tendre des blés naissants.

Je me souviens d’un trajet, il y a peu, où une jeune femme du nom de Lucie s’était assise près de moi. Elle rentrait chez sa grand-mère et regardait le paysage avec cet ennui que les jeunes affichent souvent. Je lui ai fait remarquer le vol des grues. Elle a levé les yeux, et son visage a changé. Elle est restée un long moment à regarder le ciel, puis nous avons parlé, de tout et de rien. À l’arrivée, elle m’a remerciée de lui avoir montré les grues. C’est ce genre de détails, un vol d’oiseaux signalé à une inconnue, qui font le prix véritable d’un voyage.

Ce qui a changé, et qui me peine un peu, c’est que le voyage en car est devenu silencieux. Autrefois, on parlait, on partageait son casse-croûte, on faisait connaissance. Aujourd’hui, chacun s’enferme dans ses écouteurs. Les grues passent, le renard court, et personne ne les voit.

Et pourtant, je continue de croire au voyage en car comme à une école de patience et d’attention. Je me demande ce que diraient les voyageurs des cars Phocéens de ma jeunesse en voyant nos autocars climatisés filer sur les autoroutes ; sans doute s’émerveilleraient-ils du confort, et regretteraient-ils, comme moi, la conversation perdue.

Pour préparer votre voyage

Voyager demande de la préparation, mais pas trop. J’ai observé, dans mes décennies d’activité touristique, que les voyageurs les plus heureux sont ceux qui planifient les grandes lignes et laissent le reste au hasard. Un billet aller-retour, un hébergement réservé pour les deux premières nuits, et le reste peut venir de lui-même. Interroger les gens sur place — la commerçante, le tenancier du café, le voisin de table au restaurant — est infiniment plus riche que la consultation des applications de voyage, qui lissent les différences et réduisent l’imprévu à zéro.

Ce que j’ai appris en soixante ans de voyages, c’est que les meilleurs moments ne se planifient pas. La buse qui plane au-dessus du champ, la vieille dame qui accepte de vous offrir un café, le pêcheur qui vous montre sa pirogue, la guide qui cite César de mémoire — rien de cela ne figure dans un itinéraire prédéfini. Ce sont les cadeaux que fait le voyage à ceux qui savent ralentir assez pour les remarquer. Je m’estime profondément chanceuse d’avoir eu, toute ma vie, le loisir de voyager ainsi, avec curiosité et sans agenda. Et je souhaite à tous ceux qui lisent ces lignes de connaître, au moins une fois, ce luxe-là.

À mon âge, on me demande souvent si je regretterais quelque chose. Je réponds que non, je ne regrette aucun voyage, pas même les plus difficiles — les nuits dans les trains bondés, les hôtels douteux, les routes de montagne par mauvais temps. C’est l’ensemble qui fait la vie, et les moments de disconfort font partie de ce que l’on raconte plus tard avec un sourire. Ce qui compte, c’est d’avoir été là, d’avoir regardé, d’avoir parlé aux gens, d’avoir laissé les lieux agir sur soi. Voilà ce que j’appelle voyager.

Le monde du transport longue distance en France connaît aujourd’hui une concurrence saine entre le rail, l’autocar et le covoiturage, et c’est le voyageur qui en profite. Pour les trajets de moins de trois heures, l’autocar reste souvent le choix le plus économique, surtout si l’on réserve avec quelques semaines d’avance. Pour les trajets plus longs, le rapport qualité-prix du car est moins évident, et le train reprend l’avantage pour le confort. Ce qui compte, c’est de choisir en connaissance de cause, sans subir les tarifs mais en les comparant activement sur les sites agrégateurs. L’époque où l’on prenait ce qui existait sans alternatives est révolue, et c’est là un progrès incontestable.

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